À Lesbos, une dizaine d’acteurs juridiques confrontés à une pratique aléatoire de la procédure d’asile

Si, dans les mois qui ont suivi la conclusion de l’accord entre l’UE et la Turquie, un réel manque de représentation juridique était à déplorer dans les hotspots grecs, il semble que, depuis le premier séjour de Carlos Orjuela qui s’était rendu sur Lesbos en mai dernier, de nombreux acteurs se soient finalement impliqués dans la défense des droits des réfugiés de Lesbos.

On compte sur place une dizaine d’organisations impliquées dans l’aide juridique aux réfugiés : UNHCR, MSF, Zaynabiyya., HIAS, Metadrasi, ReedSmith, Advocates Abroad, European Lawyers for Lesbos, Danish Refugee Council, Greek Refugee Council, Praksis, Mercy Corps, Lesvos Bar Association, Mitilini Bar Associatio et d’autres sans doute qu’il nous faudra encore rencontrer dans les prochaines semaines… qui se réunissent toutes les deux semaines pour assurer la coordination de leur travail.

Travail qui s’organise, non sans peine, tant les zones d’ombres juridiques s’accumulent depuis l’entrée en vigueur de la nouvelle loi Asile grecque du 3 avril 2016, dont l’application pratique demeure floue et aléatoire. Détentions non justifiées ou dépassant la durée légale maximale, ou encore décisions automatiques de renvoi vers la Turquie sans entretien d’inadmissibilité illustrent le chaos juridique dans lequel sont plongés, tant les nouveaux arrivants, que les acteurs juridiques tentant de leur apporter aide et information.

Au-delà du manque de visibilité des délais et des procédures applicables dans le hotspot de Lesbos, c’est davantage un manque de formation des intervenants qui semble prédominer. Les avocats spécialisés en droit des réfugiés sont, pour l’ensemble, déjà submergés de cas à traiter, tandis que les avocats internationaux – dont la présence s’accroit chaque semaine – sont rapidement confrontés à la barrière de la langue, et au manque de connaissance concrète de la pratique – qui, rappelons-le, est parfois bien éloignée de ce que la loi semblait énoncer.

Enfin, et c’est ici le cœur de ce qui constituera probablement notre mission sur place, le droit à la réunification familiale des réfugiés de Lesbos avec des membres de leur famille résidant légalement en Europe semble avoir été entièrement absorbé et laissé pour compte dans ce chaos procédural. Certaines associations intervenant au sein des camps de l’île nous ont ainsi rapporté avoir identifié plusieurs centaines de cas de réunifications familiales, concernant notamment de jeunes mineurs, sans qu’aucun d’entre eux n’ait été effectivement pris en charge.

Nous envisageons donc de poursuivre sur Lesbos le travail que nous avions entamé sur Calais, et qui permis à une quinzaine de mineurs non accompagnés de retrouver leurs familles en Angleterre. Le principal défi reste, pour l’heure, de nous familiariser avec les procédures grecques, et l’arrivée prochaine d’une avocate grecque au sein de notre équipe sera, sur ce point, salutaire.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s